Cette année 2026, et pour la 29ème édition, Voix Vives – de Méditerranée en Méditerranée, l’incontournable festival de poésie qui se déroule à Sète en juillet, a rassemblé une soixantaine de poétesses, poètes, musiciennes et musiciens, conteuses et conteurs venus de tout le pourtour méditerranéen et d’ailleurs pour célébrer la paix. Dans un présent plus que troublé par les conflits si loin, si proche, nous avions le désir de revenir sur ces rencontres iconoclastes pour partager ces voix ardentes ou mélancoliques.
Voix Vives, dont l’idée centrale est de promouvoir la poésie d’une Méditerranée plurielle, a une longue histoire qui commence à Lodève en 1998 et se poursuit depuis 2010 à Sète grâce à la passion et l’obstination fervente de sa directrice Maïthé Vallès-Bled.
Chaque été, les stands s’installent sur la place du Pouffre, rebaptisé Place du Livre, avec ces dizaines d’éditeurs indépendants et les actions poétiques, lectures, concerts, rencontres, ateliers se disséminent et se diffusent de l’aube aux heures tardives de la nuit dans les jardins, bars, bateaux, librairies, théâtres …



Cette année encore, elles et ils seront nombreux à faire entendre leurs voix, uniques, seules ou accompagnées, pour raconter cet irracontable que seule la poésie peut et sait faire entendre de la paix : une vibration, un espoir.
Nous avons toujours le plaisir d’entendre à nouveau quelques invités réguliers du festival, chez qui la tension poétique et la musique de la langue ne faiblit pas : Salah Al-Hamdani, poète irakien exilé en France, Nouri Al-Jarrah, syrien exilé au Royaume-Uni, l’algérien Hafid Gafaïti ou encore Jean Poncet, poète-animateur depuis 2016.
Mais ce qui pimente chaque édition, ce sont les découvertes telles que la jeune poétesse catalane Maria Sevilla Paris, scandant ses textes avec un grand souci de leur forme ou Maya Weinberg, venue d’Israël, dont la joie de vivre fraternelle nous a apporté une lumière réconfortante et sans concessions, quand la violence ne cesse de recouvrir le Moyen-Orient de son linceul tragique.
La nuit je rêve de nous.
De toutes ces mères sortant de leurs maisons,
étrangères les unes aux autres,
mais unies par une même urgence:
garder nos enfants en vie.
(…)
Assez de morts
Que nos chefs meurent donc à notre place.
Car la poésie dit l’enchantement du monde comme ses douleurs.
Des poètes tels que les palestiniens Anas Alaili ou Nasser Rabah (vivant à Gaza mais présent par ses mots), Katerina Apostolopoulou, rencontrée lors de l’édition 2023, et tant d’autres sont là pour illustrer les propos de Maïthé, directrice du festival : « La poésie ne ferme pas les yeux sur les réalités du monde, elle ne cesse au contraire de formuler des questionnements qui nous sont communs à tous, tant sur le plan intime que collectif, tant sur le plan sociétal qu’individuel. Elle ne cesse de nous inviter à laisser s’exprimer ce qui devrait être l’essentiel de toute vie : L’humain.”
À travers toutes les formes d’écriture de la poésie contemporaine, c’est à ce dialogue avec soi-même et avec les autres que nous convient les poètes aux détours des rues, aux coins du phare, dans les jardins. Là où Laurence Vielle et Aurélien Dony, tous deux belges, égrènent leurs truculences, alliant le geste à la parole. Sur des textes au quotidien fantasque, leurs interventions dans la cité offrent au public d’expérimenter l’écriture et un art oratoire simple, souvent joyeux et divorcé de l’emphase.
Au premier abord
Ça paraît léger facilement neutralisable
La tendresse
Attends voir
Sa rencontre avec la radicalité jusqu’où ça va
Une insurrection douce
Aucun angle d’attaque
Aux arrondis de nos cuisses
La grâce auto-immune chevauche les plaies
Les psaumes sèment les bouches serpentent
Et les bourreaux abdiquent sous l’arc-en-ciel
Retenons encore, Laura Lutard, venue en voisine, conteuse délicate, qui se transforme en Janus dans Le Bordel de la Poésie, une immersion festive et intimiste créée en 2014 et dont la prochaine soirée aura lieu à La Bellevilloise à Paris le 25 octobre 2026.
Le festival accorde aussi une belle place au slam, genre que nous aimons particulièrement chez Paysages Humains, ainsi qu’à la poésie chantée, ouvrant grand la porte aux liens entre création musicale et poétique. L’excellente Roula Safar, mezzo-soprano, guitariste et percussionniste accompagne depuis des années Voix-Vives et les textes de certains invités, tout comme la poésie sonore et visuelle trouve dans « Perf et Fracas » et « Poésie à pleine voix » ses moments de grâce.



Enfin saluons le travail et le talent de ces éditeurs résistants à la morosité et aux carcans financiers, fidèles partenaires du festival comme les Éditions Bruno Doucet qui publient chaque année une anthologie des invité.es en français et dans leurs langues respectives; ainsi que Al Manar, La Boucherie Littéraire, Les éditeurs Singuliers, Cheyne Editeur, les Éditions de la Crypte et bien d’autres à retrouver sur le site du festival.
Je raconte tout dès le début
Ta rapine du désert
Et mes épaules ardentes
Le flux de ton sang chaud
Dans mes racines disséminées
Le mouvement soudain
De mon écharpe faite main
Autour de ton cou ravissant
Et le suintement de ta respiration
Dans les méandres du monde
Éclat du coup de grâce
Je réécris l’histoire
Pour te vaincre
Roja Chamankar, Iran
Sandrine Maricot Depretz & Olivier Despretz